Francois Hollande - NON A LA CENSURE DU FILM DE MAGA ETTORI

Le Président François Hollande lors de sa visite à Bastia, recevant l'épineux dossier de la filière du cinéma Corse.   

Avec un budget de plus de 20 millions d'euros investis dans la filière cinéma en 10 ans par la Collectivité Territoriale de Corse (CTC), le cinéma corse devrait compter un nombre impressionnant de long-métrage de fiction en langue corse. Un seul film a été tourné. Le reste des 20 millions d'euros étant partagé consciencieusement entre les documentaires de productions locales et l'accueil de tournage de films peu représentatifs de la culture corse, à l'instar des ''Anonymes'' qui vient de se voir octroyer 150 000 euros par le Comité Régional du Film de la CTC. On comprend que Canal + soit intéressé par l'affaire du Commando Erignac, et nous ne porterons pas de jugement sur ce choix. On comprend moins que notre institution territoriale intervienne dans une fiction qui traite d'un procès en cours, et où les plaies des familles sont loin d'être cicatrisées. Bien entendu les sommes allouées à ces sociétés parisiennes peu regardantes de notre culture, le sont au détriment des structures insulaires qui produisent de la fiction. Le documentaire lui ne connaît pas la crise. En 2008 la CTC déclarait que la Corse était la 4e Région de France en nombre de documentaires produits. Cette protubérance s'explique du fait que la frontière entre le documentaire et le reportage TV soit si mince. Il est des reportages qui paraissent documentaires et vice et versa. La différence essentielle est que le documentaire bénéficie d'un système d'aide de la part de la CTC et pas le reportage TV. Cela fait le jeu de la direction de France 3 Corse, mais pas des employés. Tous les ''reportages-documentaires'' sont confiés à des productions externes. Le personnel de France 3 Corse est lui cantonné à des émissions plateaux ou à des tâches peu gratifiantes. La politique actuelle de production à France 3 est de 30 % de productions internes, 30 % de coproductions et 30 % d'achats extérieurs. Ce fonctionnement est suicidaire. Non seulement pour France 3 mais également pour les créateurs corses et producteurs de fictions, pour la langue et la culture corse et surtout pour le spectateur. Les seuls bénéficiaires étant les producteurs de documentaires, qui misent uniquement sur le profit immédiat. Peu importe l'avenir de la filière tant que l'on gagne de l'argent. Peu importe si on a formé plusieurs dizaines de techniciens à Corte, et que tous sont partis faute de travail sur place. Peu importe si le nombre de sociétés locales ont diminué de la moitié. L'important étant de remplir les caisses des producteurs de documentaires. Ces derniers utilisent les méthodes les plus archaïques du système clientéliste, et jouent des coudes pour financer des films que personne ne voient.

 

L'Intersyndicale du cinéma corse dénonce une chasse aux sorcières

 

ELUS-INTERSYNDICALE-04-2012.jpgL'Intersyndicale du cinéma corse (sindicatu naziunale di l'attore di sinema, sindicatu di i produttori corsi, Sindicatu naziunale di l'operaii di sinema) a procédé à de nouvelles élections de ses représentants et s'est réorganisée après avoir constaté« la censure systématique de la totalité des films se réclamant du cinéma corse néocontemporain », a lancé Magà Ettori, ce week-end à Ponte Novu.

Il y a quelques semaines, Magà Ettori assénait à la tribune de l'assemblée de Corse : « L'Histoire est comptable de nos actes. Elle nous jugera sur la valeur de nos combats et la manière dont nous les avons menés ! » Sur invitation de ce dernier, une centaine de membres de l'Intersyndicale du cinéma corse étaient présents à Ponte Novu pour élire ses représentants.

Une élection jugée indispensable en raison de ce que les professionnels dénoncent comme « une chasse aux sorcières ». L'Intersyndicale estime que « le nouveau comité technique du film de la CTC censure tous les films non adoubés », par les syndicats Corse film productions et Corse audiovisuelle productions.I Tercani, le film de Magà Ettori, blackboulé le 5 mars dernier par le comité technique, a mis le feu aux poudres ».

Elio Lombardo précise : « C'est un sentiment d'injustice qui est partagé par l'ensemble de la profession regroupée dans le mouvement du cinéma Corse néocontemporain. »

Juges et partis

Selon l'Irca, plus de 700 personnes sont signataires de la pétition contre la censure du film de Magà Ettori (pétition visible sur le site Néo Ciné TV - www.corsicacinema.com). Mais au-delà de cette œuvre, c'est tout un système qui est mis en cause. En effet, la totalité des films réalisés en 2011 par les adhérents de l'Irca ont été systématiquement écartés du système d'aide. « Que ce soit :Sintineddi(D5 Prod),La pêcheuse de bonheur (Posidonia Productions),Le voyage d'Émilie(SN Productions),U Ghjurnale(Corsitalia Produzione),Forza ! KSE Films, et la totalité des projets de Worldino Productions (24 dossiers en 3 ans dontLa Marche de l'Enfant Roi,refusé six fois par le comité technique et qui a fini par être projeté au 64e Festival de Cannes). Certains de ces films montés avec des moyens de fortune ont obtenu des prix dans des festivals. Tous ont été projetés et plébiscités par le public dans les salles de cinéma lors des Rencontres du cinéma néocontemporain. Le seul film qui a eu les faveurs de la collectivité de Corse estA Vindetta,produit par Ciné Rinovu et soutenu par le réseau Cine Corsica. Réalisé dans un cadre jeune, ce film n'a pas été soumis au comité technique », a martelé Magà Ettori.

L'Irca accuse clairement certains membres du comité d'être à la fois « juges et partis ». C'est le cas par exemple d'André Stefanaggi, président tout juste démissionnaire de Corse audiovisuelle productions, ancien producteur du réalisateur de Mafiosa, ou encore de François Barrat qui a réalisé divers films produits par une société de production bastiaise. « Cette société dont la gérante est également présidente de Corse film productions a touché plus de 500 000 euros en deux ans de la part de la CTC. Tout ça n'est pas illégal mais franchement amoral et a tendance à durer. Certains membres du comité viennent d'être renommés après six ans d'exercice », a poursuivi Magà Ettori.

Et de conclure : « Si ce comité servait la culture corse, qui s'en plaindrait ? Malgré un budget de plus de 20 millions d'euros dans la filière en 10 ans, le comité technique n'a soutenu qu'un seul projet de long-métrage de fiction en langue corse, étant beaucoup plus généreux avec les très impopulaires :Les héritières(300 000 euros),Les Anonymes (150 000 euros) ou Mafiosa (580 000 euros) ». MG 

 

Corse Matin - mardi 10 avril 2012

INTERSYNDICALE CINEMA CORSE

 

L'Intersyndicale du Cinéma corse est composée de trois syndicats : U Sindicatu Naziunale di l'Attore, U Sindicatu Naziunale di l'Operaii di Sinema, U Sindicatu di i Produttori Corsi.

 

U Sindicatu Naziunale di l'Attore di Sinema et u Sindicatu Naziunale di l'Operaii di Sinema sont deux syndicats jumeaux. Le premier à pour vocation la défense des intérêts des acteurs, actrices, artistes et interprètes de l'industrie du cinéma vivants et travaillants en Corse ; le deuxième à pour vocation la défense des intérêts des techniciens et ouvriers de l'industrie du cinéma vivants et travaillants en Corse. U Sindicatu di i Produttori Corsi est un syndicat des producteurs de l'audiovisuel et du cinéma, qui a pour objet l'étude et la défense des droits et des intérêts matériels et moraux, collectifs et individuels, des professionnels domiciliés et exerçant en Corse.

 
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